Roger BARBEROT

        De la France libre à la guerre d'Algérie.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 10 juillet 1940, alors qu'une escadre française se trouve immobilisée en rade d'Alexandrie, un jeune enseigne de vaisseau plonge de son bâti­ment, le Tourville, et nage vers un vaisseau britannique, le Ramillies. Roger Barberot, refusant de servir dans la marine restée fidèle au     gouvernement de Vichy, a décidé de rejoindre la France libre. Après plusieurs tentatives infructueuses, celle-ci est enfin la bonne. 

Devenu fantassin, l'officier de marine est  d'abord intégré dans une compagnie d'infanterie motorisée formée de volontaires français, que les Britanniques habillent, équipent et arment pour l'envoyer combattre dans les rangs de la 7e division blindée. Barberot découvre le « Western Desert ", qui s'étend du Nil à la Libye. A bord de véhicules tout terrain Morris commence une chevauchée que le marin mènera avec l'impétuosité d'un hussard. A la tête d'une trentaine d'hommes, il participe aux opérations contre les Italiens, marquées par les victoires de Sidi­Barrani et de Sollum, et par la marche sur Tobrouk et Benghazi. Il écrira avec humour: « La première offensive du désert n'a jamais cessé d'être un jeu et s'achève en kermesse. »

Roger Barberot, qui s'est battu avec panache, sera un des premiers à recevoir la croix de compagnon de la Libération. Il va alors rejoindre la 13e demi-brigade de la Légion étrangère et participer à la malheureuse affaire de Syrie, qui verra les Français se battre entre eux. Roger Barberot commande une section lors de la prise de Damas, qui marque, le 12 juin 1941, la fin de cette campagne. Il a servi sous les ordres du capitaine Jacques Paris de Bollardière, auquel le liera une amitié indéfectible. Roger Barberot ne sera pas avec Kœnig à Bir Hakeim, mais il participera à la bataille de l'Himeimat, où sera tué le célèbre colonel Amilakvari.

C'est avec joie cependant qu'il quitte la Légion pour revenir à son arme d'origine. Le commandant Amyot d'Inville est en train de transformer le bataillon de fusiliers marins de la France libre en régiment de reconnaissance. De 220 hommes, les « pompons rouges" passent en quelques jours à plus de 1 000. L'unité fait partie de la 1re division française libre du général Brosset et va bientôt être engagée sur le front d'Italie.

A la tête du 1er escadron, équipé de chars M10, le lieutenant de vaisseau Barberot va débarquer à Naples et participer à l'assaut contre les positions du Garigliano. Cette victoire française ouvre la route de Rome où, coiffé de son éternel béret noir de tankiste, il entrera avec ce qu'il nomme lui-même « une allégresse de Barbare".

Mais la joie de tous les fusiliers marins de la France libre est endeuillée par la mort au  combat de leur chef, le commandant Amyot d'Inville, qu'ils appelaient « l'amiral », La poursuite de l'ennemi en retraite continue, et Barberot mène ses chars jusqu'en Toscane. Plus que la campagne d'Italie, où la guerre va désormais se trainer sans grandes chevauchées, ce qui fascine tous les soldats de la France libre, c'est la perspective de retrouver leur patrie. Le débarquement en Provence est vécu comme un rêve éveillé. Barberot ne voudrait pour rien au monde man­quer une telle fête. Il mène ses chars de  Toulon aux Vosges et de l'Alsace à l'Authion. C'est dans les Alpes, en forçant un des derniers cols tenus par l'ennemi, qu'il termine la guerre, retrou­vant d'ailleurs à cette occasion les légionnaires de la 13e demi-brigade, dont il avait partagé la vie au début de sa « carrière" dans la France libre.

A trente ans, le commandant Barberot, compagnon de la Libération et commandeur de la Légion d'honneur, pourrait rester dans l'armée. Il préfère la politique et adhère avec    enthousiasme au RPF, que vient de créer le général de Gaulle.

Au moment de la guerre d'Algérie, cet ancien de la France libre reprendra cependant du service et sera à la tête des Commandos noirs, unités nomades de guérilla et de pacification qui s'efforcent de trouver une parade à l'emprise du FLN sur les populations indigènes. Cette expérience sera sans lendemain, mais elle a montré une des solutions, militaires et politiques, encore possibles.

La v- République fera du marin-guerrier un diplomate et le nommera ambassadeur à   Bangui, puis à Montevideo.

Depuis la mort du général de Gaulle, Roger Barberot est devenu ce que l'on appelle « un orphelin du gaullisme », Il aura du moins la satisfaction d'avoir mené sa vie comme un roman d'aventures. Il a écrit ses souvenirs sous un titre significatif: A bras le cœur (Robert Laffont).