Gaston d'Armau de Pouydraguin est né à Sélestat le 1er février 1862 au numéro 10 de la rue des Clefs, dans la maison de son aïeul, Monsieur Stoffel, ancien avoué au tribunal civil. Sa mère avait épousé l'année précédente un brillant officier du 47eme régiment d'infanterie alors en garnison à Schlestadt.

Après la guerre de 1870 le père du général alla tenir garnison à Dijon, y termina sa carrière et y pris sa retraite. C'est au lycée de cette ville que le jeune Gaston fit ses études et tout de suite ses maîtres devinèrent en lui une nature d'élite. Tout d'abord le jeune homme parut vouloir diriger son choix vers la magistrature. Etait-il hanté par le souvenir de ses ascendants maternels, qui tous avaient tenu un rang particulièrement honorable au sein de la justice ? on ne sait. Toujours est-il qu'il commença ses études de droit et après des examens remarquables, pour lesquels il avait du demander des dispenses, en raison de son jeune âge, conquit brillamment sa licence de droit à l'âge invraisemblable de 20 ans.

Mais parvenu à cette étape de sa vie, un revirement subit se produit dans ses idées. A cette époque presque tous les jeunes Sélestadiens de son âge embrassaient la carrière des armes. Tous avaient l'ardent désir de hâter le retour de l'Alsace à la mère patrie.

Cet appel et aussi le noble exemple de la vie paternelle décidèrent de la vie du jeune homme. En 1882 il entre dans les premiers à l'école de Saint-Cyr. Nommé à sa sortie sous-lieutenant du 27eme bataillon de chasseurs, il part pour la Tunisie y faire une première campagne. Passé lieutenant dans la même unité, il rejoint avec elle les Alpes, où il arbore avec ses hommes le célèbre béret des « diables bleus », de ces mêmes hommes qui se sont illustrés depuis sur toutes les crêtes vosgiennes. Cette vie extraordinairement active ne l'empêche pas de préparer le difficile concours d'admission à l'école de guerre. Il y est reçu avec le n°l. Il en sort pour faire un stage à l'état-major général de l'armée, poste réservé aux sujets les plus brillamment notés. Il y reste deux ans de 1892 à 1894 jusqu'à sa nomination au grade de capitaine. Nommé au choix chez de bataillon au 37eme régiment d'infanterie de Nancy, il n'y reste que 3 ans appelé à nouveau à l'état-major général où l'on a su apprécier la valeur de ses services. Il est affecté au 4eme bureau, qui a dans ses attributions les chemins de fer de campagne. Sans quitter sa place il y reçoit en 1910 les cinq galons.

Avec l'année 1913 nous voici à la veille de la grande guerre. Le lieutenant- colonel Pouydraguin accompagne le généralissime Joffre en Russie. Dès la fin septembre il avait été désigné comme devant prendre le commandement du 26ème régiment d'infanterie, unité d'élite. Toutefois le général Joffre en lui apprenant sa nomination lui annonça en même temps qu'il désirait le conserver 6 mois supplémentaires à la tête du service des chemins de fer. Le colonel Pouydraguin se tira avec honneur de cette tâche particulièrement délicate et l'on peut dire que c'est pour une large part grâce à ses travaux que la France dut l'organisation merveilleuse de ses convois militaires pendant la redoutable période de la mobilisation générale.

 

La guerre éclate. Il part, hanté par cette ligne bleue des Vosges, qu'il s'agit cette fois non plus de visiter en touriste, mais de franchie en vainqueur. Trois de ses fils le suivent, dont deux hélas ! payent de leur vie la rançon de notre délivrance.

Le colonel assiste aux premières batailles sur le front de Lorraine qui finirent par un revers. Le 25 août 1914 il est blessé à la tête de son régiment qui dans une contre-attaque magnifique enlève les hauteurs de Vitrimont-Léomont. En récompense de ce fait d'armes, il est promu général de brigade et commandant la I5eme division d'infanterie, il prend part aux combats d'Ailly près de Verdun.

Le 25 mars 1915 le généralissime lui donne le commandement de la 47eme division de chasseurs alpins. A la tête de cette unité merveilleuse, il prend part aux affaires de Metzeral et aux opérations de la Fecht et du Linge. Au cours de la bataille meurtrière du Linge, il est celui qui, parmi tous les chefs qui s'employaient à faire parfois excès de zèle, a su élever la voix et faire entendre avis contraire. Il devait « considérer comme bien aventurée et lourde de conséquences, une offensive à travers une zone boisée, longue de plusieurs kilomètres, très abrupte, située en haute altitude, où l'action de notre artillerie ne pouvait être que très imprécise, faute de vues ».

 

 

L'année suivante de juillet à novembre il prend part à l'offensive de la Somme et de mai à août 1917 à celle de l'Aisne. Le 25 août 1917 il est nommé général de division et appelé au commandement du 18eme corps d'armée. Puis c'est l'offensive pour la victoire à laquelle participe le général. L'armistice signée, le général à la joie de retrouver l'Alsace enfin libérée.

De 1921 à avril 1923, il fut gouverneur militaire de Strasbourg. Puis commandant le 20eme corps d'armée jusqu'à sa retraite le 1er février 1924.

Le général est décédé à Paris le 17 janvier 1949 et inhumé dans le caveau familial à Sélestat le 21 janvier.

En 1937, le général Gamelin, qui fut un de ses subordonnés dira de lui : « Aucun chef ne fut plus aimé que le général de Pouydraguin dont nous admirions tous le tranquille courage, le grand cœur et l'étonnante activité. Nous le suivions en toute confiance ». Le général a toujours eu le souci de veiller à la vie de ses chasseurs et à préserver leur moral.

A la retraite, très actif, le général fut membre d'honneur de nombreuses manifestations et sociétés : lors du Tricentenaire du rattachement de Sélestat à la France (1934) et surtout dans le cadre de la société sélestadienne des sciences lettres et arts où il fit plusieurs conférences.

Au cœur de la deuxième guerre mondiale il accepte en 1942 la présidence générale du Souvenir français qu'il occupera jusqu'en 1946. Pendant cette période tragique, le général de Gaulle pour saluer l'action du Souvenir français lui adressera cette lettre le 14
octobre 1944 :

 

« Le Souvenir français poursuit une œuvre admirable. C'est la vie de la France
qu'il défend en s'occupant de ceux des siens qui sont morts pour elle. Leur exemple, dont la
mémoire est grâce à vous perpétuée, permet en effet aux générations nouvelles de mesurer
la valeur de la liberté et le prix dont il faut savoir la payer. C'est donc avec le plus grand
plaisir que j'accepte de donner mon patronage à votre association. Veillez, agréer      ».

 

 

La famille a fait don à la ville de Sélestat en 1981 et en 1987 de plusieurs objets ayant appartenu au général, parmi lesquels on peut citer : la grande croix de la légion d'honneur décernée en 1934, la croix de guerre 14-18 avec 4 palmes, cinq décorations étrangères, le sabre d'infanterie porté par le père puis par le fils et l'épée d'honneur offerte par la ville de

Sélestat à son citoyen d'honneur en 1922,   Tous ces objets légués à la ville de Sélestat

sont conservés à la bibliothèque humaniste.

 

Dans ses souvenirs le général a toujours exprimé avec beaucoup de profondeur cet attachement à sa terre natale :

 

« ...Lorsque je remonte au plus loin de ma mémoire d'enfant, Assiste aux premières batailles sur le front de Lorraine qui finirent par un revers. Le 25 août 1914 il est blessé à la tête de son régiment qui dans une contre-attaque

c'est toujours Sélestat que je retrouve, et cela malgré la diversité des garnisons où nous conduisait la carrière militaire de mon père.

Sélestat, c'était le havre, le pont d'attache où nous nous retrouvions dans la vieille maison de la rue des Clefs autour des grands parents.

Chère ville de Sélestat, chère vieille maison de la rue des Clefs ! avec quelle joie je vous retrouvais presque chaque année, au cours des permissions, que me mesurait parcimonieusement l'autorité allemande pour y revoir ma mère ».

 

 

Bibliographie :    Annuaires de 1971 et 1989 de la société des amis de la bibliothèque Humaniste.

« Alsace 1914-1918 » du colonel (E.R.) Pierre Crenner

Le général d'Armau de Pouydraguin Président Général du 
Souvenir français de 1942 à 1946