Né le 3 juin 1901, Henri Honoré d'Estienne d'Orves entre en 1921 à l'Ecole Polytechnique, d'où il sort deux ans plus tard pour rejoindre la Marine nationale. Lieutenant de vaisseau ancien en juillet 1940, il se trouvait sous-chef d'état-major de la Force X à bord du croiseur Duquesne, à Alexandrie, d'où il rallia le général De Gaulle à Londres.

Ne pouvant avoir de commandement à la mer, il accepta un poste au deuxième bureau de l'état-major des Forces Navales Françaises Libres. Mais ce poste sédentaire ne satisfaisait pas sa nature enthousiaste et généreuse. Aussi obtint-il d'être envoyé en France occupée. Parti sur le Marie-Louise, bateau de pêche armé par des pêcheurs bretons, il débarqua le 22 décembre 1940 aux environs de la pointe du Raz, avec le radio Marty, et devint Jean-Pierre dans la Résistance.

Leur mission était de constituer un réseau de renseignements dans la région ouest. Elle fut de courte durée. Installé à Nantes chez les époux Clément, le capitaine de corvette d'Estienne d'Orves effectua plusieurs voyages à Paris et en Bretagne (notamment à Lorient, où il obtint des renseignements intéressants sur les forces allemandes dans la région). C'est au retour d'un de ses voyages à Paris que, le 20 janvier 1941, pendant son sommeil, il fut arrêté ainsi que ses hôtes par la Gestapo.

Marty l'avait trahi. Le réseau était démantelé. Des pièges furent tendus à ses membres et à l'équipage de la Marie-Louise. Conduit avec ses deux lieutenants en Allemagne, puis ramené à Paris à la prison du Cherche-Midi, le commandant d'Estienne d'Orves, fervent chrétien, conserva malgré de trés dures conditions de détention (en cachot), un excellent moral qu'il sut faire partager à ses codétenus.

Le procés fut dominé par sa personnalité et la cour martiale reconnut le mérite et la fermeté de caractère des accusés qui n'avaient agi que par amour de leur patrie, mais il se termina par neuf condamnations à mort.

Le président signa un recours en grâce qui fut rejeté pour le commandant et ses deux adjoints ; il furent tous les trois fusillés le 29 août 1941 debout et les yeux non bandés. Le capitaine de corvette d'Estienne d'Orves fut par la suite promu capitaine de frégate et fait compagnon de la Libération à titre posthume.

Henri Honoré D'Estienne d'Orves