Artilleur d'origine, puis observateur d'aviation, l'homme est tout entier dans son nom de guerre. Il a choisi: blessé dans un bombardement le 13 juin 1940, il s'évade de l'hôpital de Vannes le 21 pour rejoindre l'Angleterre via Saint-Jean-de-Luz. Engagé dans les Forces françaises libres le 1er juillet à Liverpool, le sous-lieutenant d'active Jobert, alias "Conan", sera de toutes les campagnes des FFL: Cameroun, Soudan, Érythrée, Lybie, Syrie ... Accidenté au début du siège de Bir Hakeim, il sera évacué sur l'Égypte. Il a 30 ans, il est capitaine et se porte volontaire pour les parachutages, regagnant l'Angleterre où sont formés les SAS français. Il y commandera les 640 paras du 3ème régiment, lequel sera largué par petits commandos sur 17 départements français. Conan saute entre Mâcon et Chalon-sur-Saône. Au début de l'année 1942, il prend la tête du premier centre-école des troupes aéroportées (Lannion puis Pau-Idron), véritable pépinière de paras d'où sortiront des dizaines de milliers de brevetés.

Conan est l'un des créateurs de ce qui deviendra le "style para". Petit, sec, énergique, le crâne dégarni, le visage triangulaire allongé par une barbiche sombre, c'est une silhouette et un visage que l'on n'oublie pas. Au printemps 1947, il part pour un premier séjour de 2 ans en Indochine. Il y commandera la Demi-­brigade coloniale de parachutistes SAS. Lors de son second séjour, de 1950 à 1952, à la tête des troupes aéroportées dans le sud, il réalise le fondement idéologique du combat de toute sa vie: l'opposition entre le matérialisme communiste et le spiritualisme chrétien. Croyant, et même mystique, Conan (désormais lieutenant-colonel) est l'un des premiers officiers paras à revendiquer l'idée simplificatrice selon laquelle les guerres, et notamment les guerres coloniales, ne sont que des conflits entre le «Bien » et le «Mal »:

Totalement gagné à ce qu'il nomme la «contre-révolution », il est l'un des officiers de l'armée française idéologiquement les plus motivés lorsqu'il quitte l'Extrême-Orient. En Algérie, après des opérations menées dans l'Algérois et les Nementchas, son unité (le 2ème RCP) saute sur Port-Saïd le 5 novembre 1956, mais le corps expéditionnaire franco-britannique se retire, laissant Conan persuadé que l'armée est trahie par le pouvoir civil, quel qu'il soit. En 1957, il commande à Bayonne la Brigade de parachutistes coloniaux, laquelle deviendra, en décembre 1958, la Brigade parachutiste d'Outre-Mer. De fait, il est en poste au Niger lorsqu’ éclate le putsch d'Alger (dit aussi putsch des généraux, 23 avril 1961). Pour avoir affirmé son appui au maintien de l'Algérie française, il sera condamné à plusieurs mois d'arrêts de forteresse, avant d'être affecté à l'État- major du préfet maritime de Cherbourg. En janvier 1962, il sera l'un des premiers à rallier l'OAS, dans le Constantinois. Après l'indépendance, condamné à mort par contumace en 1965 par la Cour de Sûreté de l'État, il vivra 7 années de clandestinité et d'exil et devra à l'amnistie de 1968 de retrouver la France. Préoccupé de recherches doctrinales sur la « contre-révolution », il ne cessera, notamment au travers de plusieurs ouvrages, de prêcher ce qu'il considérait être la bonne parole. Commandeur de la Légion d'honneur, le colonel Château-Jobert s'est éteint le 29 décembre 2005. Il repose à Morlaix, qui l'a vu naître le 3 février 1912.

 

 

 

 

 

 

 

lire :  Feux et lumières sur ma trace - Faits de guerre et de paix (1978), éd. Presses de la Cité, 350 pages, (ISBN 2-258-00391-1 ).

Colonel Pierre 
Chateau-Jobert
dit "Conan"