Bernard

CABIRO

Le 23 novembre 194, la division d'infanterie marocaine débarque à Naples. Dans les effectifs du 8e régiment de tirailleurs marocains, on trouve un jeune homme à la peau sombre et aux yeux brillants de ferveur patriotique: Bernard Cabiro. Lors de la prise de Rome, il est caporal­chef, après avoir « baroudé» pendant les longs mois que durèrent cette glorieuse mais très dure campagne.

Lors d'une prise d'armes, le commandant en chef du corps expéditionnaire, le général Juin, que sa naissance dans une famille modeste d'Algérie a conduit à parler l'arabe, demande à ce jeune gradé de tirailleurs:

- Fin aouah el bled dialec enta (où habites-tu) ?

- A Mont-de-Marsan, dans les Landes, mon général.

Le 7 septembre, le 8e RTM arrive enfin au large de la Côte d'Azur. Et c'est la remontée triomphale vers l'Alsace. Cabiro ne finira pas la campagne, car il sera sérieusement blessé devant Thann.

Lorsque prend fin la Seconde Guerre mondiale, le jeune Landais décide de rester dans l'armée et suit les cours de l'école d'officiers de Cherchell. Quand il sort aspirant avec un excellent classement, il peut se permettre de choisir son arme d'affectation. Ce sera la Légion étrangère. A la vie et à la mort. Après être passé par Sidi-bel-Abbès, il est affecté au régiment de marche de 1a Légion étrangère, en instance de départ pour l'Extrême-Orient.

Le voici dans la région côtière du Sud-Annam, avec le z- REl. Il occupe avec sa section la pagode de Tra Pang. La guerre d'Indochine commence, avec ses embuscades et ses coups de main.

Il est en poste au sud de Nam Dinh quand il apprend qu'il est nommé lieutenant à titre excep­tionnel. Sa réputation de guerrier né ne fait que grandir, et il occupera à plusieurs reprises le poste de Gia Loc, un sale coin.

Un second séjour en Indochine dès le début de l'année 1949 verra le lieutenant Cabiro à la tête d'une section du 2e bataillon étranger de parachutistes, le BEP. Le 1er BEP, l'unité sœur, est presque entièrement anéanti lors du désastre de la RC 4, près de Cao Bang. Un des rares survivants, le capitaine Janpierre, va être décoré de la rosette d'officier de la Légion d'honneur. Mais il n'a pas de décoration. "II emprunte celle du lieutenant Cabiro.

Au début de 1951, « Cab» est nommé capitaine, toujours à titre exceptionnel. Après un bref séjour au 3e BEP à Sétif et une mission de main­tien de l'ordre en Tunisie, il repart pour la troi­sième fois en Indochine. Il est alors affecté au 1er BEP. A la tête d'une compagnie de cette unité d'élite, il va connaître les pires moments de la guerre au Tonkin. C'est ainsi que le commandement a décidé d'implanter une grande base à Dien Bien Phu. Le capitaine Cabiro ne verra pas la fin du camp retranché: il est grièvement blessé le 4 mars 1954 et est évacué par avion.

Après un temps passé dans un bataillon de chasseurs portés en Allemagne, à Tübingen, « Cab» part avec son unité en Algérie, mais ses blessures l'obligent à revenir en Allemagne. Lors des événements de 1958, il est enfin affecté, sur sa demande, à une unité de Bérets verts: le 2e REP.

De décembre 1958 à mai 1961, nommé chef de bataillon, il va être l'âme de l'unité, devenant pour tous les jeunes officiers l'exemple vivant de ce que doit être un chef de paras-Légion. Pour ne pas avaliser une politique algérienne qu'il réprouve, le commandant Cabiro décide de quit­ter l'armée. Il a trente-sept ans, dix-huit citations et cinq blessures. Plus tard, il sera fait commandeur de la Légion d'honneur.

Distinction insigne entre toutes pour un légionnaire", il portera la main du capitaine Danjou lors des cérémonies de Camerone le 30 avril 1979.

Cab vient de publier ses mémoires, dans un style particulièrement alerte qui fait de son livre un chef-d'œuvre du récit de guerre: Sous le béret vert, aux éditions Plon.

Adhésif du 2°REP

A la Légion, on l'appelait CAB.